Zoufris Maracas

26 septembre 2020

Zoufris Maracas

Les Zoufris réalisent une chimie créative unique dans le paysage français. Fusionnant la chanson française avec des héritages africains et sud-américains, puisant aussi bien dans l’Europe des Balkans qu’en Andalousie. Mais loin de tout calcul, la justesse de leur ton et de leur son nait finalement d’une recherche assez pure, presque naïve, de l’émotion brute.

Cette mixité spontanée, cette liberté bordélique, c’est leur ADN, leur signature.

Dans un monde musical où règnent désormais en maitres la programmation des machines et les carrières solos, les Zoufris Maracas réaffirment eux, à contre-courant, leur choix de l’humain. Insensibles aux effets de modes, ils n’en ressortent que plus atypiques et intemporels.

Cette primauté de l’humain se retrouve d’abord dans les textes. Fidèles à ceux des premiers albums, les thèmes chers au chanteur, Vincent Sanchez dit Vince sont aujourd’hui revenus au premier plan des préoccupations de la société : l’écologie, la révolte contre les inégalités sociales, la résistance politique, la liberté, la méfiance envers toute institution…etc. Pas étonnant qu’on entende aujourd’hui certains anciens morceaux dans les manifestations récentes.

Les 12 nouveaux morceaux de ce nouvel album ont été composés entre Le Cap Vert, Madère et Sète. La saudade semble venir du fond des océans dans le superbe titre « Sa majesté la mer » : Vince réussit à sublimer une profondeur mélancolique, précieuse, alors qu’il aborde le sujet délicat des migrants.

La transe de « Mon ami mon cher » ambitionne de partager via la danse cette conviction que, face au néant et à la poussière de nos vies, on ne peut qu’être fraternels. D’une balade nocturne arpégée au bord de l’eau, on s’immerge avec « Bleu de lune » dans un tableau impressionniste où les instruments viennent successivement s’animer, se superposer pour composer un décors poétique enivrant.

Face à a folie des hommes, l’invitation au départ vers les îles du Pacifique de « Maré à Lifou » semble portée par une marche façon New Orleans qui aurait convoqué des sirènes balkaniques autant que des chaloupes caribéennes.

« Señorita politica », premier morceau chanté en espagnol, nous balade entre les côtes cubaines et les redoutables orchestres des Caraïbes sud-américaines. Il y souffle le vent des révoltes populaires actuelles, et l’on se surprend à vouloir rejoindre les chœurs de ce joyeux rappel à l’ordre des politiques.

Mais comme à son habitude, le propos du chanteur est loin de n’être que social : l’amour, sous toutes ses formes, y règne en maitre. Des jeux de la séduction sur la valse joliment ciselée « Café genou », on glisse sur les amours vaches avec « Clara », servi sur un jazz manouche aux Folies de Belleville.

On finit par larguer totalement les amarres sur le très cinématographique « Explosif ».

Partir, nous emmener ailleurs, c’est la promesse réussie de ce nouvel album des Zoufris Maracas. Si les terres accostées sont nombreuses, le voyage lui-même est collectif et on y entend de nombreuses voix.

Outre Vince et les musiciens aux chœurs, on se délecte des magnifiques voix féminines invitées pour l’occasion (Luiza Fernandes du groupe Oya, Sabrina Kerfah du groupe Saf Feh, et Natacha Hazon-Izard). D’autres y entendront peut-être des voix plus imaginaires, celles des parrains involontaires de ce groupe protéiforme… Le groupe, lui, ne revendique rien ni personne, mais embrasse les vibrations d’ici et d’ailleurs avec allégresse.

Si les influences sont nombreuses, c’est aussi que la famille Zoufris Maracas s’est récemment agrandie. Le groupe de 6 musiciens des premiers disques vient en effet de s’enrichir de 3 nouveaux virtuoses ! « Zoufris Maracas Super Combo », c’est comme cela qu’ils présentent désormais leurs concerts fabuleux, car ce fantastique groupe de scène, festif, drôle et fiévreux, affiche systématiquement complet partout où il passe.

Avec ce nouvel album et la tournée du Super Combo qui démarre, sans parler de l’influence bénéfique de la Lune, ces oiseaux de passage de la chanson française continuent à planer, librement …. loin… haut….